Combien de migrant.e.s? Le biais des chiffres

Le 3 mai 2019, le Courrier publiait un article relatif à une enquête menée par Fanny Lalot, Alain, Quiamzade et Juan M. Falomir-Pichastor. Le titre de l’enquête: How many migrants are people willing to welcome into their country? The effect of numerical achoring on migrants acceptance.

En français: Combien de migrants les gens sont-ils prêts à accueillir dans leur pays? L’effet de l’ancrage numérique sur l’acceptation des migrant.e.s.

Bon, a priori, ça sonne très technique. Mais ça ne l’est pas tant que ça et c’est dramatiquement important.

« L’ancrage » ou « biais d’ancrage », c’est un méchanisme qui fait que nous sommes influencé.e.s par la première information reçue lorsque nous prenons une décision. De fait, la première fois que nous entendons une information sur un sujet, elle « s’ancrera » plus fortement en nous que celles que nous entendrons ensuite. Ainsi, dites à un Suisse que la population d’immigrés y est de 50’000 personnes, et vous « ancrerez » ce chiffre, si c’est le premier qu’il entend sur le sujet.

L’étude a demandé à des individus combien d’étranger.ère.s la Suisse devait accueillir. Dans un premier cas, on leur disait que le chiffre de 1’000 migrant.e.s avait été articulé et on leur demandait leur opinion.

Dans le second cas, on leur disait que c’était le chiffre de 100’000 migrant.e.s qui avait été avancé.

Et bien dans le premier cas, les réponses se situaient autour de 28’000 migrant.e.s. Et dans le second, de 126’000. Peu importent les divergences gauche-droite, tou.te.s voulaient que la Suisse fasse un effort plus important pour accueillir ces gens.

Deux leçons à tirer à cela (à part de lire l’étude):

La première: les chiffres sont cruciaux et nous influencent. Il faut en avoir conscience. Lorsque vous entendez quelqu’un formuler un chiffre, sur n’importe quoi, il faut prendre le temps de le vérifier plutôt que de « l’ancrer » en nous par réflexe en nous disant qu’il est vrai. C’est d’autant plus important que les communicant.e.s politiques sont très probablement conscient.e.s de ce biais et n’hésitent pas à s’en servir. L’UDC qui argumentait qu’un mendiant pouvait se faire 100 francs par jour sait bien qu’un tel chiffre va rester dans les mémoires. Prudence, donc. Un chiffre est « tout-puissant » et dépasse les valeurs.

La deuxième: l’étude a mis en lumière un réflexe humaniste de chacun.e. Accueillir davantage de migrant.e.s que le chiffre articulé. C’est une belle nouvelle, qui a de quoi nous réjouir. Non, les Suisses.ses ne sont pas repliés sur eux-mêmes insouciant.e.s du malheure des autres.

Qu’on soit de gauche ou de droite, on sait être sensible à la détresse des autres.

Nicolas Turtschi