Comptes 2018 de la Ville de La Chaux-de-Fonds

Prise de position du POP par rapport aux Comptes 2018 de la Ville de La Chaux-de-Fonds – Julien Gressot

Le déficit de la Ville se monte à un peu plus de 2,1 millions pour l’année 2018 alors que le budget prévoyait un déficit d’environ 15 millions avant prélèvement à la réserve de politique conjoncturelle. De prime abord, ce résultat a de quoi nous réjouir car il montre une certaine maîtrise financière sur cet exercice mais, en y regardant de plus près, ce résultat cache une réalité plus sombre qu’il n’y parait.

Les principaux motifs d’amélioration consistent en des événements extraordinaires :

  • Des bénéfices sur les ventes d’immeubles pour 1,4 millions qui sont en réalité un appauvrissement durable de notre patrimoine, ce que nous combattons ;
  • L’amnistie fiscale pour récupérer les montants dus par les contribuables de notre Ville pour 1,8 millions ;
  • La réévaluation à la hausse de la participation Viteos, une nouvelle fois, pour 6,3 millions.

Les recettes fiscales des personnes physiques augmentent, malgré le transfert au canton d’un nouveau point d’impôt. Les recettes des personnes morales également mais de manière moins forte qu’escomptée.

La dissolution de réserves et de provision permet d’accroître notre fortune et de repousser le seuil fatidique de 40 millions et nous donne une marge de manœuvre bienvenue pour trouver des solutions.

Le Conseil communal distingue le résultat effectif du résultat économique qui se monte à plus de 11 millions selon le lui. Si nous ne contestons pas que des événements exceptionnels modifient les Comptes de manière unique, nous ne partageons pas la manière de considérer les résultats de Viteos. Héritier des Services Industriels de la Ville les résultats, bon ou mauvais, doivent à nos yeux figurer dans le résultat économique de la Ville et non pas dans les événements exceptionnels, pour refléter au mieux la situation. En tenant compte de l’emprunt Depfa, qui ne figure pas non plus dans le résultat final, nous arriverions à un déficit structurel de l’ordre de 8 millions.

Malgré ce désaccord, la situation de notre Ville n’est pas réjouissante. Elle l’est d’autant moins que les réformes cantonales nous promettent, une nouvelle fois, des baisses de recettes importantes. Les effets, encore difficiles à mesurer de ces réformes, font craindre des heures pénibles pour notre Ville. Ce fait pourrait toutefois être contrecarré si certains dossiers étaient réglés de manière équitable et juste ces prochaines années. Pour cela il faudra lutter pour faire connaître et comprendre les réels problèmes que nous traversons. Nous connaissons un manque de recettes provenant de facteurs externes :

Tout d’abord, des injustices existent au niveau de la répartition de la péréquation intercantonale. Les communes qui font bénéficier notre canton de cette manne fédérale ne récupèrent pas ce financement, ce qui pour le POP s’apparente à du vol et à une injustice crasse.

Les critères d’altitude – pour les communes se situant à plus de 800m – ne sont pas répercutés sur notre ville. Cela devrait permettre d’obtenir 13 millions supplémentaires sur les 21 millions de compensation de surcharge géo-topographique. Sans les Montagnes, le Val de Travers et quelques autres communes, le Canton ne toucherait rien du tout, voir devrait contribuer à la péréquation intercantonale. Des compensations pour charges socio-démographiques devraient également survenir pour reconnaître les frais supplémentaires occasionnés par une certaine fragilité de notre population. Il faut que ces réalités et ces injustices soient prises en considération au niveau cantonal.

Un autre statut à faire valider est celui de commune créatrice de richesses. Nous créons de l’emploi, mais cela ne nous rapporte que trop peu, voire même nous coûte. L’impôt des frontaliers est ridiculement bas, à peine 3,38% pour la commune. Mais c’est encore mieux que l’impôt des habitant.e.s des autres communes du canton qui ne nous rapporte rien directement alors que nous fournissons plus de 2400 emplois en plus aux autres communes qu’elles nous en fournissent. Les déséquilibres sur ce point sont énormes. Les impôts que rapporteraient ces emplois supplémentaires sont estimés à 28 millions par année de quoi nous permettre de mener une politique digne de notre Ville en termes d’investissements et de ressources humaines. Rappelons que la ville de Neuchâtel investit comme jamais et possède une bien plus grande administration.

Il faut instaurer un mécanisme de répartition de l’impôt entre lieu de travail et lieu de résidence. Ce sont des discussions à mener au plus vite pour s’adapter à une situation qui ne correspond plus aux évolutions de notre société, bien plus mobile qu’à une époque. Sans cela nous ne nous en sortirons jamais ! Nous pouvons faire de notre ville un village, sans aucune infrastructure, comme semble le souhaiter certains partis politiques sans que cela ne résolve rien au problème, bien au contraire.

La situation actuelle favorise les plus riches qui peuvent se loger en dehors des villes dans de grandes villas dans des communes à bas taux fiscal. Les écarts de richesse se creusent année après année, y compris dans notre canton. Nous n’avons jamais eu autant de millionnaires ! Ce système est injuste, il est créateur d’incompréhension, d’aberrations écologiques et de colères sociales qui nous pendent au nez.

C’est avec le constat que notre ville a fait le travail en menant une politique d’austérité sensée répondre à une crise économique passagère – correspondant en réalité à une organisation structurelle qui nous péjore fortement – que le POP refusera toutes nouvelles mesures d’austérité.

La ville subit une politique d’austérité depuis 5 années au détriment de notre patrimoine que nous bradons ou que nous ne parvenons plus à entretenir correctement et au détriment des services publics. Les employé.e.s de la Ville sont pressé.e.s comme des citrons dans tous les services. Il suffit de lire le rapport de gestion 2018 pour constater que sans les stagiaires, sans les civilistes et sans les réfugié.e.s notre Ville n’arriverait même plus à assurer les services minimaux.

Les absences maladie « longue durée » augmentent, ce qui est la démonstration de l’usure du personnel de la Ville. Le manque de personnel est flagrant dans de nombreux services, mettant en péril la santé de celles et ceux qui ont le courage de continuer à travailler dans des conditions difficiles. Nous les remercions toutes et tous.

Il est urgent d’arrêter cette politique qui nous pénalise.

Nous n’arrivons plus à réaliser les investissements prévus, nous ne pouvons plus effectuer des tâches profitables à la collectivité, les projets sont de plus en plus difficiles à mener, on en a encore eu la confirmation avec l’aveu du Conseil communal que réaliser l’étude demandée par une motion – pourtant primordiale [cf. notre motion climat] – devenait très compliquée pour la Ville, posant par la même de sérieuses questions sur ce que cela signifie d’un point de vue démocratique. Nous clamons haut et fort qu’il faut que nous arrêtions de nous saborder nous-mêmes. Les efforts consentis par la Ville, par ses habitant.e.s et par ses employé.e.s ont été nombreux.

Nous soulignons encore l’importance de soutenir les associations et toutes les structures qui donnent vie à notre Ville. Elles ont, elles aussi, subi les effets de la politique d’austérité alors qu’elles se dépensent sans compter. Elles coûtent peu et rapportent beaucoup. Il s’agit d’être attentif à ne pas les fragiliser davantage et à prendre soin de leur développement, ce à quoi nous veillerons.

Pour conclure, nous nous réjouissons évidemment de la bonne tenue des comptes et de l’amélioration du déficit. Cependant, l’équilibre budgétaire n’est pas une fin en soi et à terme c’est l’attractivité de la Ville qui sera compromise. Il faut sortir de cette spirale au plus vite, de manière réfléchie, pour se tourner vers l’avenir. Le Canton, mais également la Confédération, doivent prendre leurs responsabilités !

Nous remercions le Conseil communal pour le travail effectué, particulièrement dans les dossiers cantonaux. Nos pensées vont également aux habitantes et habitants de notre belle Ville ainsi qu’à l’ensemble des employé.e.s communaux que nous remercions vivement.

Vous l’aurez compris le POP acceptera les Comptes 2018 et reviendra avec des propositions le moment venu.

Pour le POP, Julien Gressot

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