Initiative pour une fiscalité plus équitable : la réponse néolibérale d’un gouvernement socialiste (article du 19 juin 2020)

Il aura fallu près de trois années au Conseil d’État pour sortir, enfin !,  sa prise de position vis-à-vis de l’initiative pour une fiscalité plus équitable  déposée le 27 juillet 2017. Avec un tel délai, nous étions en droit d’attendre un rapport exhaustif, présentant les inégalités de richesse dans le Canton, l’augmentation continue du nombre de millionnaires et du bien-fondé de l’initiative à laquelle se ralliait le gouvernement à majorité socialiste. Eh bien non, absolument pas ! Nous avons un bref rapport qui explique la difficulté des plus riches et des entreprises et leur nécessité pour l’ensemble de la société, nécessité justifiant un traitement de faveur se basant sur la théorie du ruissellement.

L’initiative du POP demande une augmentation modeste de l’impôt sur la fortune à partir de 500’000 francs de 0,7 pour mille. Nous aurions pu nous attendre que taxer légèrement plus la fortune (1400.- par million) aurait pu trouver grâce aux yeux de ce gouvernement. Gouvernement qui, il faut le rappeler, n’a pas hésité à durcir les conditions d’accès à l’aide sociale, à baisser la fiscalité des entreprises à plusieurs reprises et à limiter le nombre de bénéficiaires des subsides d’assurance-maladie. Mais oh surprise, Le Conseil d’État « de gauche » recommande de rejeter l’initiative et avec un argumentaire digne du plus mauvais manuel pour bon petit soldat néolibéral !

En tête de liste, le classique risque de faire partir nos pauvres riches et les conséquences désastreuses sur les gentilles entreprises pourvoyeuses d’emplois. À cela se rajoute que la récente augmentation de l’impôt foncier constitue déjà un effort presque insurmontable imposé aux propriétaires d’immeubles de rendement à la peine. C’est certain, un tel argumentaire a de quoi arracher des larmes aux plus marxistes d’entre nous, sauf à y regarder de plus près. L’augmentation de l’impôt foncier est en fait une piètre compensation proposée aux communes des pertes engendrées par les réformes fiscales des personnes physiques et morales. Réformes qui une fois de plus profitent largement aux plus riches et aux entreprises. D’oser utiliser cette augmentation servant à faire passer la douloureuse pilule des dernières réformes fiscales pour combattre une proposition d’une meilleure répartition des richesses, chapeau fallait le faire ! C’est avec ce genre de position que l’on voit la force de conviction de notre Conseil d’État. Le Canton de Neuchâtel est pourtant dans une situation compliquée depuis plusieurs années qui justifie les baisses successives de prestations. Notre solution propose au contraire une répartition de l’effort collectif plus juste, sur celles et ceux qui en ont les moyens.

Une fois de plus quand on parle de fiscalité, on nous ressort les comparaisons intercantonales pour nous expliquer pourquoi il faut rejeter cette initiative. Le rapport du Conseil d’État fait cet exercice pour l’impôt sur la fortune, l’impôt foncier et l’impôt sur les successions. De manière très surprenante, alors que la situation des entreprises sert d’exemple pour justifier le refus de la proposition popiste, l’impôt sur les personnes morales n’est pas comparé. Sûrement pas en raison du fait que Neuchâtel est un zélé pourfendeur de cet impôt et qu’il fait la course en tête depuis plusieurs années dans ce domaine menant aux abysses budgétaires…

La fortune des plus riches ne cesse d’augmenter, au même rythme que les inégalités sociales. L’impôt sur la fortune est très limité. Découlant de la conception que la richesse est forcément méritée, provenant du travail et de l’acharnement. Évidemment pas le travail du maçon qui s’est esquinté la santé ou de l’infirmière qui a donné sans compter pour sauver des vies. Mais celui de l’entrepreneur, de l’héritier et de l’actionnaire qui bien souvent sont les mêmes. Cette vision purement idéologique ne tient pas compte de la réalité. La plupart de celles et ceux qui travaillent ne gagnent que le strict minimum pour survivre et ne pourront pas avoir une véritable fortune. Imposer la vraie fortune est donc bien plus juste et social pour limiter les inégalités que de réduire les prestations de l’État avec chaque nouveau plan d’austérité. Mais ça, ce gouvernement socialiste ne l’a toujours pas compris.

 

Julien Gressot, article publié le 19 juin 2020 dans Gauchebdo