2021 –  Les élections de l’incertitude

File:Château de Neuchâtel en automne.jpgLe 18 avril 2021, les Neuchâteloises et les Neuchâteloises renouvelleront leurs autorités cantonales avec des enjeux forts et bien des incertitudes. Après des années difficiles, marquées par une crise économique, des recettes en baisse couplées à une facture sociale en augmentation, de nombreuses coupes et, désormais, des conséquences sociales et économiques dramatiques liées à la pandémie de Covid-19, les attentes et les besoins de la population n’ont jamais été si élevés. Il est plus que jamais impératif d’avoir des autorités à la hauteur des enjeux, capables d’agir en faveur de toute la population, en particulier des classes populaires et des petits indépendants frappés durement par la crise, dans le but de mener une politique de relance à la fois sociale et écologique.

Dans ce contexte, le rôle du POP est capital. Il s’agit de permettre le développement d’une vraie politique sociale tout en œuvrant pour une écologie  humaine et solidaire. Pour cela le maintien de d’une vraie vision de gauche est un prérequis loin d’être garanti comme nous le rappelle cruellement la réponse néolibérale du Conseil d’État à majorité socialiste, qui ne souhaite pas pérenniser une modeste augmentation de la fortune des plus aisés demandée par le POP et préfère effectuer des coupes dans les prestations sociales, la formation, la santé, la culture, etc… avec les résultats que nous ne connaissons que trop bien. Le POP a ainsi une fonction cruciale à remplir, nécessitant une députation la plus vaste possible.

Des enjeux forts qui se combinent avec plusieurs incertitudes liées à la représentation politique et aux modifications du mode électoral.

Pour le Conseil d’État, du changement est attendu avec une majorité socialiste qui risque de tomber, point qui rendrait plutôt service à un PS dont le costume est visiblement bien grand pour ses épaules. La porte semble ouverte pour un retour à l’exécutif de Verts qui misent sur une unique cartouche masculine. Du côté de la droite, seul le PLR semble être en mesure d’obtenir des sièges et peut-être même de ravir la majorité, alors que l’UDC devrait poursuivre sa dynamique négative, minée par les querelles intestines et les démissions.

Le point essentiel n’est pourtant pas tant la composition de l’exécutif que celle du législatif qui a entre les mains l’orientation politique de la prochaine législature. Rappelons tout d’abord que la législature 2017-2021 a été marquée par une très légère prédominance de la gauche au Grand Conseil avec 58 député.e.s contre 57 pour la droite et ce uniquement grâce à la défection d’un membre de l’UDC rejoignant les Verts. Il y a donc au niveau de la composition du Grand Conseil une vraie incertitude.

Dans ces conditions, le POP a l’ambition de se maintenir (six député.es actuellement), correspondant en réalité à une progression en raison de la réduction du nombre de député.e.s passant de 115 à 100, voire même à s’agrandir. A cela, se combine la suppression des districts, favorisant les « personnalités » visibles au niveau cantonal – pas vraiment le prolo donc -, et l’interdiction faite aux membres des exécutifs communaux de siéger au législatif cantonal. Ces points, posant la  question de la répartition des régions dans les prochaines autorités, compliquent la tâche d’une gauche combative qui partira vraisemblablement désunie. Mentionnons encore la fin des apparentements qui pourrait aussi chambouler les résultats. De nombreux changements dont les conséquences sont difficiles à prédire et qui rendront plus ardue la tâche des bureaux de dépouillement déjà en difficultés lors des Communales de 2020.

Le POP, qui n’a pas encore annoncé sa stratégie pour ces élections, a, de nouveau à son actif, une belle législature avec de nombreuses luttes menées sur bien des terrains, notamment celui de la justice sociale, d’un accès garanti à des soins de qualité sur l’ensemble du territoire cantonal, de l’égalité, de la formation et pour une juste répartition des ressources et des infrastructures sur l’ensemble du territoire cantonal.

Ces élections sont encore et toujours l’occasion pour le POP de rappeler la nécessité de n’oublier personnes, de l’importance pour une société de ne pas abandonner ces membres les plus fragiles et que l’urgence climatique ne doit pas se faire sur le dos des classes populaires.

Article de Julien Gressot, publié dans Gauchebdo le 12 février 2021

 

Crédit image : Martouf