C’est devenu une sorte de sport national – voire international : relever les incohérences des décisions politiques en matière de prévention contre la Covid.

Inutile d’en citer beaucoup, tout le monde voit de quoi je parle. Fermer les bars mais pas les restaurants, fermer les restaurants mais pas les stations de ski, fermer les universités mais pas les écoles primaires, etc. La liste est sans fin. Et à chaque fois, j’avais l’impression que les mesures étaient basées à la fois sur un certain bon sens (fermer des lieux sociaux permet de réduire la propagation du virus) et en même temps complètement abstraites de la réalité du terrain.

Attention, je ne mets pas tout dans le même sac.

Par exemple, les délais. Annoncer ouverture/ fermeture/ ouverture partielle à quelques jours d’intervalle est un problème qui pourrait être résolu par davantage d’anticipation et de coordination, c’est l’évidence. De même, je n’aborde pas ici les solutions alternatives. Vite fait: emprunts à des taux négatifs pour financer l’immédiat, fermeture des commerces non-essentiels avec dédommagement des employés et petits patrons, gels des baux commerciaux pour les employeurs en difficulté, investissements massifs dans la santé à court et à moyen terme, impôt de solidarité sur les grosses fortunes et nationalisation des caisses maladies. Pour commencer.

J’aimerais, par contre, m’attarder sur ces incohérences que nous relevons toutes et tous. Je ne suis pas le seul à m’être dit que cette pandémie doit être difficile à gérer pour les politiques. Que personne n’avait anticipé cela. Que les décisions qui sont prises vont forcément déplaire. Je suis sûr que nous sommes nombreux à nous l’être dit. En fait, je crois que nous relevons ces incohérences pour deux raisons: elles nous concernent directement, mais surtout elles sont nouvelles.

Si on prend le temps d’y réfléchir, il me semble que l’on faisait les mêmes commentaires sur le masque (dans certains transports, dans certaines rues, dans certains cantons, etc.). Jusqu’à ce qu’il soit obligatoire partout pour tout le monde. Plus de changement, nous nous sommes tous habitués à mettre un masque que personne n’aurait acheté il y a un an.

En fait, ces règles modifiées en permanence nous obligent à nous adapter en permanence. Et donc à sortir de notre routine. On n’est plus sûrs de rien. On ne sait pas si on pourra voir nos amis comme d’habitude. Soudain, on doit se questionner. Et on relève alors les problèmes de ces règles.

Et lancé que j’étais dans ma réflexion, je me suis demandé: en fait, notre société n’est-elle pas déjà basée sur d’autres règles absurdes, que nous acceptons simplement parce qu’elles ne sont pas nouvelles et jamais questionnées? Par exemple, en quoi avoir des impôts différents d’un canton à l’autre est-il plus «raisonnable» ou «logique» que d’ouvrir des restaurants dans un canton et pas dans un autre?

En quoi avoir des primes d’assurance-maladie variables selon le canton de résidence d’un assuré est-il «raisonnable» ou «juste»? Demandez-vous: si on m’imposait cette règle tout à coup, est-ce que je ne la trouverais pas complètement incohérente? Est-ce que je ne la dénoncerais pas?

Personnellement, c’est comme ça que j’ai envie de prendre cette crise. J’ai envie de m’en servir pour aiguiser mon esprit critique et relever les autres incohérences dans lesquelles nous vivons.

Et peut-être que nous finirons par trouver, par exemple, qu’il y a une incohérence à avoir dans notre pays certaines des plus grosses fortunes de la planète côtoyer des colonnes de personnes mendiant pour manger. Sait-on jamais. Je vous souhaite une bonne année 2021, la lutte continue.

 

Nicolas Turtschi (publication originale dans l’édition de Gauchebdo du 08.01.2021)

Image : © Simon Mannweiler / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0