Le Qatar, sa religion et ses « fonds douteux »

Le Qatar retire ses billes d’Europe. Et il ne financera notamment plus l’Institut Culturel Musulman de Suisse (ICMS), à la Chaux-de-Fonds. Il met également un frein à son projet de construction de 22 millions, derrière le Musée.
On peut légitimement regretter que le Musée des civilisations de l’Islam soit menacé, car il s’agit d’une institution importante pour faire découvrir cette religion et la culture qui l’accompagne, loin des clichés véhiculés par les propagateur.trice.s de haine et d’ignorance. À l’heure où les médias nous abreuvent de stéréotypes, une découverte plus éclairée et informée est nécessaire.

Par contre, on peut se réjouir que des fonds à « l’origine douteuse » ne viennent pas financer des projets immobiliers à la Chaux-de-Fonds. Et on pourrait même se réjouir tout court du désinvestissement du Qatar, État non-démocratique aux valeurs contraire à celles que nous prônons. Une très bonne chose

Mais enfin, on peut trouver surprenant l’importance accordée par les médias à cette origine « douteuse » des fonds. On suspecte les « Frères musulmans ». Une excellente raison pour ne pas accepter cet argent, certes. Mais depuis quand la Suisse fait-elle la fine bouche sur l’argent qu’elle reçoit? Vieille revendication de gauche, on est surpris que, soudain, le voile tombe et que l’origine financière devienne importante.

Cela signifie-t-il que les dictatures ne pourront plus entreposer leur argent dans nos coffres? Que les financements de milliardaires « opaques » seront contrôlés avant d’être acceptés? Que la Suisse refusera les investissements chinois parce qu’on y met les militant.e.s prodémocratie en prison?

Ou plutôt que le terme « douteux » s’accole plus facilement à une organisation islamique?

On verra si la Suisse s’intéresse à la provenance de l’argent qui finance la coupe du monde de foot en 2022… au Qatar.

Nicolas Turtschi